« Pour un Syndicalisme de Lutte de Classe et de Masse

Accueil ] Remonter ] 48ème Congrés de la CGT ] 47ème Congrès de la CGT Mars 03 ] Non à la Guerre ] Retraites ] Santé Protection Sociale ] Social et luttes ] Collectifs Nationaux ] Europe ] Conférences Internationales ] Nos Fondements ] Amis de C. L. CGT ] Archives ]

Accueil
Remonter
Education Syndicale
Nos Coordonnées
Le Rassembleur : Notre revue
Sommaire
Téléchargement
Contactez nous !
Adhérer
Vers d'autres sites
Rechercher sur le site

 

EDF GDF Privatisation Juin 2004 :

aux enjeux de classe, combat de classe

Le 29 Juin 2004, l'Assemblée Nationale a adopté en première lecture, la réforme du statut d'EDF-GDF. De statut d'Entreprises publiques, EDF-GDF deviennent des Sociétés  Anonymes dans lesquelles l'Etat ne détiendra plus que 70% du capital.

La gauche social-démocrate s'oppose à cette réforme plus sur la forme que sur le fond; quant aux Centrales Syndicales, elles exigent le retrait du projet de réforme, mais dans des conditions plutôt "clair-obscur".Seule la détermination des militants de base et des personnels, par leur action offensive et responsable, constitue le véritable rempart pour la sauvegarde des acquis des gaziers électriciens et des usagers.

Une privatisation rampante

Ainsi 30% du capital privé entrera dans la nouvelle société anonyme.

Le changement de statut permettra d'élargir l'ouverture au capital sous la pression des actionnaires qui réclameront toujours plus de gains de productivité et de réduction des coûts du travail au nom de la concurrence.

Comme la plupart des entreprise publiques privatisées au cours des dernières décennies, on commence par une ouverture minoritaire du capital privé et ensuite le "temps fait son oeuvre": on appâte les salariés avec la réservation d'actions à des prix préférentiels, l'intéressement aux "résultats" de l'entreprise prend le pas sur les luttes sociales et salariales et c'est ainsi qu'avec la pression des actionnaires institutionnels, on casse le Service Public, les acquis sociaux et les garanties individuelles et collectives des agents.

L'action des gaziers électriciens est claire : négocier le changement de statut des entreprises contre d'hypothétiques garanties sociales pour les agents est un véritable marché de dupes !!! Faut-il rappeler la débâcle sociale qui a suivi la privatisation de certaines entreprises publiques au cours des décennies passées, comme aux Mines, à la SEITA...?

Cette réforme vise bien évidemment à livrer des entreprises saines et rentables aux appétits des spéculateurs financiers, après un travail de longue haleine des gouvernements successifs et des directions des Entreprises sur les "nécessités d'en appeler au capital privé : impôts et taxes prélevés par l'Etat passes de 4 à 15% en 20 ans, investissements internationaux pas toujours judicieux, diminution injustifiée des investissements nationaux, filialisations et sous-traitance, diminution des effectifs de personnels.(25000 en 20 ans pour la seule distribution...), etc.

La convoitise des prédateurs capitalistes

EDF-GDF convoitées par les prédateurs capitalistes? Rien d'étonnant ! EDF est la première entreprise d'électricité d'Europe, développée depuis la Libération (1945) essentiellement par autofinancement ou emprunts supportés par les seuls usagers, permettant les plus bas prix d'électricité d'Europe, et une indépendance énergétique totale. Sur les quinze dernières années, EDF a pu simultanément baisser ses tarifs de près de 25% en francs constants et maintenir une sécurité à la nation, sans panne en électricité, quand on connaît les conséquences de la libéralisation de l'énergie électrique dans d'autres pays capitalistes comme aux Etats-Unis et au Canada (pénurie en Californie, panne aux Etats-Unis et au Canada privant 50 millions d'habitants en électricité pendant plusieurs jours) ou même en Italie récemment, voilà ce qui attend les français avec le réforme EDF-GDF.

Les premières mesures de la réforme vont toucher à la fois au coût d'électricité pour les usagers et les petites entreprises (de l'ordre de 15 à 20%)cependant qu'on va réorienter la politique d'investissements aux exigences de la libéralisation où les risques de rupture d'approvisionnement en énergie sont réels.

Les nouvelles étapes d'ouverture à la concurrence

Ouverture de la concurrence signifie avoir le choix du fournisseur en énergie.

Depuis 2000, le choix du fournisseur d'énergie était ouvert aux seuls grands groupes industriels (soit 37% de la clientèle potentielle totale).A compter du 1er Juillet 2004, l'ouverture à la concurrence est élargie à toutes les entreprises : PME, PMI, commerces (artisans, commerçants, collectivités territoriales, professions libérales, associations, agriculteurs). Cet élargissement porte à 68% le marché de l'énergie ouvert à la concurrence. L'ouverture à la concurrence pour les particuliers (32% restants) interviendra en 2007.

Les dangers de la privatisation et les centrales nucléaires

Les dangers de la privatisation sont d'autant plus inquiétants que nous touchons à un secteur d'activité où une grande partie de la production d'électricité est assurée par des centrales nucléaires. Or, faire entrer le privé dans les centrales nucléaires pose des risques majeurs à plus d'un titre. La privatisation va être soumise à la pression permanente des actionnaires. Or, pour gagner la course à la productivité dans les centrales nucléaires (comme ailleurs), il n'y aura pas d'autre moyen que de faire des économies. Une centrale nucléaire conçue pour produire 1500 mégawatts, rien à faire pour lui en faire "cracher" plus! Donc, les gains de productivité devront venir des économies sur le personnel et la maintenance avec tous les risques de catastrophes à la clé !

Le courant passe entre le Gouvernement et les dirigeants de la CGT

En pleine intensité du mouvement des gaziers électriciens, coup sur coup, B. Thibault (secrétaire général de la CGT) et Frédéric Imbrecht (secrétaire général de la Fédé CGT Energie) (1) ont cru devoir intervenir publiquement, à la fois pour dévoyer le durcissement et l'extension des luttes, et à la fois pour donner des gages au gouvernement sur leur volonté d'accompagnement de sa politique. Jamais peut-être des dirigeants CGT n'étaient allés aussi loin dans la pratique ouverte de la collaboration de classe.

    Tous les deux tentent d'atténuer les ravages de la politique réactionnaire du gouvernement par une dérobade aussi désuète que déplacée. Qu'on en juge.

    Au regard des coups portés à la classe ouvrière depuis des décennies et en ce moment (retraites, sécurité sociale, privatisations, chômage, etc...) F. Imbrecht déclare : "Ce n'est pas la fin d l'histoire" et B. Thibault : "N'alimentons pas le sentiment de vivre la fin de l'histoire au motif que les choses ne se traduisent pas à un moment donné exactement comme on aurait voulu... des gouvernements passent, le syndicat reste!" Et de rappeler que "nous marquons des points" sur toutes les mobilisations de la dernière période (retraites, sécu, chômage, intermittents, hospitaliers, etc...). Les intéressés apprécieront "les points marqués" et se poseront la question de la responsabilité du syndicat face aux hallebardes patronales et gouvernementales ?

    Les deux leaders syndicaux procèdent, chacun à sa manière, des méthodes de "persuasion" destinées à calmer le jeu de la contestation pour rester sur le créneau de la négociation.

    Imbrecht aligne les "gains de l'action" tout en rappelant les limites prévisibles dans le contexte politique actuel prend des libertés avec le contenu même des luttes des gaziers électriciens (qui ne se battraient pas pour leur statut...), se proclame résolument européiste, encense l'arrivée de Sarkozy au Ministère des Finances, fustige ceux qui ont "une vision guerrière du dialogue social" dans le fonctionnement habituel d'une démocratie"!

    D'emblée, le leader fédéral CGT-Energie reconnaît que Nicolas Sarkozy, en arrivant à Bercy, a pris le dossier à bras le corps avec une dimension politique que Francis Mer n'avait pas. Ainsi, depuis le 8 Avril, le dialogue social sur l'ensemble des dossiers a pu être établi, dit-il.

    Le leader considère que "des reculs importants", voire des compréhensions de la part du gouvernement aux propositions syndicales, ont été gagnées" :

gains de mesures favorables aux plus démunis...

éléments forts et structurants pour les 20 prochaines années....

4500 embauches obtenues... embauches des immigrés et gens de plus de 40 ans, à EDF...

engagements pris sur les questions salariales...?...

sur le statut des entreprises EDF-GDF, N. Sarkozy aurait accepté la proposition CGT de créer une commission d'évaluation avec les syndicats pour mesurer l'opportunité d'une ouverture au capital..

Nicolas Sarkozy aurait eu une oreille attentive à la proposition CGT de fusion des entreprises EDF-GDF...

Que de gains, que de gains !!!

    Le leader CGT-Energie estime qu'il a fallu faire preuve "d'intelligence pour mobiliser les salariés" en tenant compte de l'opinion et de l'intérêt de l'entreprise constitutive de l'outil de travail. Il se félicite que le Parti Socialiste "ait bougé" sur cette question, mais "compte tenu du vide politique, le syndicalisme a dû aller au-delà de son rôle". F. Imbrecht semble confondre "vide" et consensus politique, où la gauche social-démocrate se garde bien de combattre frontalement le gouvernement quand on sait ce qu'elle a été capable de faire en matière de privatisations de 1997 à 2002 avec Jospin? Cela dit, rappelons-le, la sauvegarde des acquis, tant pour les personnels que pour les usagers, ne viendra certainement pas du syndicalisme réformiste "de négociation", mais de ce que F. Imbrecht vilipende à travers "la vision guerrière du dialogue social" que nous avons l'habitude, nous (CL-CGT) d'appeler "lutte ou combat de classe".

    En européiste convaincu et représentant d'une CGT intégrée à l'Union Européenne via la CES, F. Imbrecht a le mérite de la clarté, ce qui devrait renforcer l'action de ceux qui combattent la ligne officielle confédérale. Il est partisan de réorienter le pays vers une véritable politique européenne de l'énergie où les clivages public-privé ne devraient plus exister. Il propose une agence européenne de l'énergie pour qu'à terme "tous les opérateurs travaillent ensemble plutôt que de se faire la guerre".

Le discours de B. Thibault

    Le discours de B. Thibault du 25 Juin 2004, devant les secrétaires généraux de syndicats, recouvre plusieurs éléments d'analyse, mais qui convergent tous vers une véritable admonestation verbale à l'égard des militants CGT habités par la tentation du durcissement et de l'extension du mouvement.

    "On marque des points dans les débats sur différents sujets, mais ce n'est pas forcément des victoires". C'est le moins que l'on puisse dire !

    "Au delà du soutien, l'engagement de la CGT dans ce combat atteint objectivement des limites". B. Thibault valorise le mouvement des gaziers électriciens, flatte leur esprit de responsabilité dans leur lutte mais, "avec la réalité de nos forces (700.000 adhérents CGT), ça ne suffit pas pour changer la donne" dit-il. On est là en pleine culture d'impuissance voire de culpabilisation de l'état de faiblesse de la CGT, alors que depuis plus d'un an, les potentialités existent pour créer un rapport de force victorieux sur le gouvernement et le patronat.

Tout est passé au crible pour mettre en garde voire stigmatiser les trublions syndicalistes irrespectueux de la stratégie réformiste de la CGT :

Il faut rechercher l'appui de la population, le soutien interprofessionnel, mais attention à "la grève qui peut mettre en difficulté les usagers, des salariés susceptibles de perdre leur boulot à cause de deux jours de grève"...On est là dans le même schéma de discours que le journaliste de télévision qui a trouvé un "otage" de la grève sur un quai de gare!

« Le gouvernement, dit B. Thibault, est fragilisé car même à l'intérieur de sa majorité il y a débat, donc il faut tenir compte de la dimension de cette situation ». Autrement dit, les travailleurs en général et les gaziers électriciens en particulier, ne doivent pas s'affoler, le temps travaille pour eux : les gouvernements passent, patience et espoir dans l'alternance politique de 2007 ?

B. Thibault pense qu'on va vers un durcissement des rapports avec le gouvernement, mais attention à "la manière de répondre à ce durcissement"."Il faut avoir des formes d'actions qui préservent l'avenir, qui préservent le soutien de l'opinion publique et qui, au point de vue professionnel, ne jouent pas contre la crédibilité de la CGT. Autrement dit, B. Thibault adresse une sévère mise en garde aux militants qui auraient une "vision guerrière" de l'action, à savoir, la grève générale pour le retrait du projet de réforme. Qu'on en juge (dixit B. Thibault) :

"Au vu de tout le travail que vous avez fait, que nous continuons de faire ensemble, je ne crois pas que notre crédibilité, notre détermination, la force de notre argumentation aient quoi que ce soit à gagner du recours à certaines formes d'action..."

"Il faut aussi entre nous, bien évaluer toutes les conséquences de nos choix. Jusqu'à présent, je pense qu'on peut tenir sur les sanctions..., mais je vous le dis, je ne souhaite pas que demain on consacre notre temps et nos moyens ainsi que nos forces pour aller sauver des camarades... Je vais vous dire, la qualité d'un militant CGT, même si ça a pu être le cas à une époque, ça ne se mesure pas à la liste des sanctions qu'il a obtenues dans sa carrière!"

Les gaziers et électriciens ne se laisseront pas manipuler

    De telles déclarations, considérant la bienvenue et l'action de N. Sarkozy sur ce dossier, travestissant la réalité sur les mesures et "compréhensions gouvernementales gagnées" participent, de concert avec les médias aux ordres, d'une véritable campagne d'intoxication auprès de l'opinion et des gaziers et électriciens. Gageons que ces derniers, qui ne se sont pas laissé manipuler lors du vote sur le projet de réforme des retraites EDF-GDF, sauront résister au battage idéologique de dirigeants syndicalistes corrompus.

    Non satisfaits d'enjoliver "la négociation" avec le gouvernement pour tenter de détourner les personnels de leur juste combat pour le retrait du projet de réforme, les dirigeants CGT, pris à leurs propres contradictions, n'hésitent pas à user d'anathèmes les plus rebutants pour qualifier et stigmatiser les militants qui appellent au combat de classe autrement que par des journées de manifestations ou d'actions exutoires.

    Mais où la trahison des dirigeants réformistes CGT atteint des sommets, c'est quand B. Thibault menace de ne pas "aller sauver des camarades sanctionnés"; en ajoutant que la qualité d'un militant ne se mesure pas à la liste des sanctions qu'il a obtenues dans sa carrière ! Outre les intéressés actuels, les anciens qui ont précisément payé de leur carrière, voire de leur vie dans les combats de classe avant et après la seconde guerre mondiale, vont certainement apprécier !

    Décidément, le "syndicalisme de négociation" devient de plus en plus difficile à gouverner et à imposer dans un paysage social de plus en plus dérégulé; où la révolte contre le patronat est quasi-quotidienne, multiforme, où de plus en plus souvent il n'y a rien à négocier, le droit divin balayant tout sur son passage : fermetures sauvages d'entreprises, délocalisations, marchandages sur la durée du travail, blocages ou diminution des salaires, etc... 

 

Comme pour les retraites, le syndicalisme de négociation va mener la classe ouvrière à la faillite sociale avec la réforme de la Sécurité Sociale et de l'hospitalisation.

    Non, ce n'est pas la fin de l'histoire. Mais en attendant, "le syndicalisme de négociation" érigé selon le concept de l'association "capital-travail" est en train de participer au recul de civilisation qui risque de peser lourdement et durablement sur les générations actuelles et futures. C'est le plus gigantesque gâchis social au préjudice des travailleurs auquel participe la CGT de 1995   (2)

    Les militants et syndicats attachés au syndicalisme de lutte classe, porteur des luttes victorieuses sur le patronat et les gouvernements, doivent relever le défi: restituer à la CGT son caractère de combat anticapitaliste abandonné au 45ème Congrès de 1995, renouer avec les formes de luttes à la mesure des enjeux, établir des liens de solidarité professionnelle, voire populaire, à partir de la constitution de comités de vigilance et de lutte, prêts à faire face à toute situation conflictuelle, voire durable (grève générale). C'est à ce prix et dans ces conditions que patronat et gouvernement pourront être vaincus. Les grandes luttes historiques en témoignent.

 

Paris, le 4 Juillet 2004.

 

(1) Intervention de Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, à la réunion de secrétaires de syndicats du 25 Juin 2004.

Interview de Frédéric Imbrecht, secrétaire général de la Fédération CGT-Energie, au journal l'humanité du 1er Juillet 2004. Retour

 

(2) CGT de 1995:c'est au 45ème Congrès CGT de Décembre 1995 que la Centrale Confédérale rompit avec ses concepts originels de syndicalisme de lutte de classe pour intégrer le syndicalisme réformiste (association capital-travail) de la Confédération Européenne des syndicats (CES). Retour

 
Accueil Dernière minute Education Syndicale Nos Coordonnées Le Rassembleur : Notre revue Sommaire Téléchargement Contactez nous ! Adhérer Vers d'autres sites Rechercher sur le site
Pour toute question ou remarque concernant ce site
  agnes.clcgt@wanadoo.fr
Dernière modification : 25 avril 2007